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Neutralité du Net : quid des équilibres économiques entre grands acteurs ?

Le cabinet d’études COE Rexécode – Centre d’Observation Economique et de Recherche pour l’Expansion de l’économie et le Développement des Entreprises – a publié en janvier 2010 une intéressante étude, titrée « Les opérateurs de réseaux dans l’économie numérique : Lignes de force, enjeux et dynamiques »( pdf ).

Cette étude tire un bilan des évolutions importantes qui ont marqué le secteur des télécommunications durant les dernières décennies : ouverture à la concurrence, essor du mobile et de l’Internet, phénomène de convergence numérique.
Selon les auteurs, « la forte croissance de la demande de contenus audiovisuels sur Internet va rendre nécessaires de nouveaux investissements dans les réseaux d’accès fixe (fibre optique), dans le très haut débit mobile et les cœurs de réseaux. Alors que le chiffre d’affaires global du secteur des télécommunications stagne depuis cinq ans, les investissements nécessaires au déploiement des nouvelles infrastructures ne pourront être réalisés que si de nouveaux relais de croissance sont identifiés et exploités. »
L’étude analyse les acteurs du marché selon leur position dans la chaîne de valeur, avec un modèle en couches superposées : « Une première regroupe les entreprises qui produisent les éléments de réseaux et les terminaux, comme Nokia, Cisco ou Ericsson. La deuxième regroupe les opérateurs de réseaux, tels Orange ou Telefonica. La troisième regroupe les entreprises fournissant des services d’intermédiation sur Internet (Google, Amazon). Enfin, la quatrième couche regroupe les entreprises qui produisent et éditent les contenus audiovisuels (Canal+, Time Warner). Les opérateurs de réseaux créent et gèrent les actifs cruciaux pour le fonctionnement du secteur numérique. »

L’analyse économique des contraintes et des résultats des acteurs, suivant la couche à laquelle ils appartiennent, est sans appel : « L’observation de plusieurs ratios financiers sur un échantillon de 347 entreprises du secteur de l’économie numérique montre que les entreprises offrant des services d’intermédiation sur Internet réalisent les taux de marge et les taux de retour sur investissement les plus élevés, alors que les opérateurs de réseaux réalisent l’effort d’investissement le plus important. Les perspectives de revenus ne sont pas là où les besoins d’investissements sont les plus importants. »
Force est de constater que les taux de marge, d’investissement et de retour sur investissement sont aussi défavorables aux opérateurs de réseaux qu’ils sont favorables aux intermédiaires :

Cette analyse rejoint et étaye le discours que véhiculent depuis un certain temps quelques opérateurs de réseaux, dont France Telecom et Deutsche Telekom : pour que les réseaux se développent, il faudrait que ceux qui en tirent les plus grands profits contribuent plus justement au financement du développement des infrastructures, directement ou indirectement.
Cette position des opérateurs fait réagir Alain Bazot, le président d’UFC-Que Choisir, sur son blog : « Je ne peux pas m’empêcher de comparer cette demande à celle d’un hypermarché qui réclamerait aux industriels de financer l’extension des linéaires pour référencer leurs produits ! Si les opérateurs n’étaient pas également impliqués dans le développement de contenus, auraient-ils les mêmes demandes ? Après tout, leur métier est bien avant tout de vendre des tuyaux ! Alors, n’est-ce pas à eux d’adapter le modèle économique ? »

Comment arriver à instaurer un meilleur équilibre des recettes et des dépenses au sein de cet écosystème, dans le strict respect de la neutralité des réseaux ?
Voilà un sujet qui nous interpelle tous, car, d’une façon ou d’une autre le consommateur est au bout de la chainé de valeur. Par ses abonnements, ses paiement en ligne pour des biens ou des services, par les publicités qu’il accepte ou pas de recevoir, le consommateur est la première source du long fleuve parfois tumultueux des flux financiers qui irriguent l’écosystème des réseaux et des contenus…

Source: ZDNet

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22 mars 2010 | Actualité